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Beezik : musique gratuite contre pub obligatoire



Publié le 09/09/2011, par Isabelle Boucq
   
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Sur fond de démêlées judiciaires entre Universal et Deezer, nous avons interviewé un des fondateurs de Beezik, le site de téléchargement de musique gratuit…à condition de regarder une vidéo publicitaire. Un modèle qui séduit un certain public, à mi-chemin entre ceux qui ouvrent sagement leur porte-monnaie sur iTunes et ceux qui piratent par principe.
Avec son camarade d’école de commerce Thomas Pasquet, Jean Canzoneri lance en 2009 le site Beezik pour proposer un nouveau modèle dans le monde de la musique en ligne. Ni service de téléchargement payant comme iTunes, Virgin.fr ou Fnac.com. Ni site de streaming gratuit comme Deezer ou Spotify. Beezik est un système hybride qui fait le pari que certains internautes ne rechigneront pas à regarder une vidéo publicitaire pour pouvoir télécharger gratuitement un morceau musical.



Compagnon-parfait.fr : Comment vous est venue l’idée de Beezik ?



Jean Canzoneri, directeur général et cofondateur de Beezik.com : J’avais déjà créé une agence de street marketing, puis le label de musique ITGOES. Quand un de nos titres a été piraté, Deezer pointait juste son nez. Je me suis dit qu’il fallait trouver un modèle économique assez rentable pour les annonceurs et les maisons de disque pour être une alternative au piratage. Sur Deezer, les bannières publicitaires ne sont pas qualitatives et ne rapportent pas beaucoup d’argent. Sur Beezik, on regarde une vidéo d’environ 30 secondes pendant le téléchargement du morceau. Nous pouvons donc le vendre plus cher. Beezik n’est pas un bar illimité. L’expérience prouve que, si le contenu est de qualité, les internautes sont prêts à regarder une pub.


Comment fonctionne Beezik ?



Le site est accessible uniquement aux internautes français. L’offre, ce sont 5 millions de titres disponibles : les catalogues Universal, EMI et, depuis le 1er septembre, Sony ainsi que des studios indépendants.
Après 2 ans, nous avons 2,9 millions d’inscrits. Nous faisons 1,7 million de téléchargements de singles par mois. En moyenne, les internautes téléchargent deux à trois titres par mois. Ce sont des hommes à 52% et des femmes à 48%. La moitié a plus de 25 ans. Pour les trois quarts, ils téléchargent le titre en MP3 et pour un quart en WMA. Grâce à une application, les fichiers WMA sont transférables sur le disque dur ou sur les smartphones (iPhone, Blackberry, Android,…). L’intérêt du téléchargement, c’est d’écouter en toute liberté quand on n’a pas de connexion. L’internaute a le choix entre quatre pubs et choisit celle qui l’intéresse le plus. Il est obligé de la regarder et peut être redirigé vers une page de l’annonceur (Facebook, YouTube,…).



Comment se porte Beezik ?



C’est une alternative pour le consommateur qui n’a pas les moyens de payer 1 euro par titre, mais qui a une sensibilité du légal et ne s’y connaît pas assez pour pirater. Nous sommes en ligne depuis deux ans et avons été à l’équilibre au bout de 6 mois. Nous avons entre 200 et 300 annonceurs par an, tous ceux qui font aussi de la télé comme Chanel, Renault, SFR, Orange ou Blackberry. Sans promo, nous attirons depuis 6 mois plus de 100 000 nouveaux inscrits par mois. Le business se développe autour de la régie BeeAD. Nous avons aujourd’hui 38 employés.


Votre système est utilisé par des sites média. Pourquoi et comment ?



Le Figaro, l’Express, le Nouvel Obs, Le Point, 20 minutes proposent l’accès à leurs archives par téléchargement de fichiers pdf en échange de regarder une de nos pubs. Les radios RFM, NRJ, Radio FG et Virgin Radio font la même chose. D’autres grands titres nationaux et une radio arrivent bientôt. C’est une façon pour eux de monétiser leurs contenus.


Et la musique, vous avez encore le temps de vous y intéresser ?



Nous sommes toujours des passionnés de musique et je produis encore des disques avec Thomas sur le label HopeRecords. Nous avons signé un artiste, Voice Hands Machine, qui a sorti son nouveau single il y a un mois. Toute notre créativité vient du fait qu’on aime la musique.


Comment analysez-vous les derniers développements entre Universal et Deezer ?



Depuis quelques mois, Universal était en bisbille avec Deezer pour limiter le gratuit à 5 écoutes du même titre après quoi il faudrait passer à un abonnement de 10 euros par mois. Deezer a dit que cela ferait fuir leurs utilisateurs et il a proposé de limiter à 5 heures d’écoute par mois. Les trois autres maisons de disques ont accepté, mais Universal s’est fâché tout rouge. Je pense que les habitudes sont en train de changer. Alors qu’il y a encore deux ou trois ans les utilisateurs voulaient obtenir le titre, ils sont en train de passer au streaming. En fait, Deezer n’avait déjà plus de contrat avec Universal depuis 6 mois et Universal a décidé de les attaquer en référé. Mais la justice française a jugé qu’il fallait un jugement au fond et Deezer peut donc continuer à exploiter le catalogue Universal. Deezer a gagné une manche contre Universal.


Comment évolue la musique en ligne ?



La grande tendance est que les acteurs du streaming s’adossent à des acteurs de la téléphonie en faisant des bundles d’abonnements musique avec des abonnements téléphoniques comme Deezer avec Orange. Spotify a annoncé un deal avec SFR. C’est ce qui a sauvé Deezer qui est passé de 20 000 abonnés payants à 500 000 grâce à cela. Mais beaucoup d’utilisateurs ne comprennent pas vraiment qu’ils ont cette offre et le taux d’activation n’est pas énorme. Ce n’est pas le consommateur qui est blousé, c’est plutôt l’opérateur qui pourrait se poser des questions. Je pense qu’il y a une tranche de la population, qui n’est pas grosse consommatrice de musique, qui serait prête à payer un abonnement d’environ 10 euros par mois pour de la musique illimitée pour éviter l’acte unique d’achat et le gratuit financé par la pub.



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